2 juin, 2017

Rouge

Impossible photographie No 3/ mai 2017

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Une autre fenêtre

19 novembre, 2016

Espérance ?

10 août, 2016

Ici

Intervalle, silences.

9 août, 2016

Ici

Avant l’été.

7 août, 2016

Ailleurs

Horizontal

6 août, 2016

Ailleurs

Vertical

5 août, 2016

Invitation

Sous un tilleul

21 avril, 2016

Regarder

Ou le portrait d’Élise

Je ne connaissais pas ces deux étudiantes qui arrivèrent en milieu de cours. J’avais juste croisé l’une des deux dans les couloirs de l’école, et la seconde serait tombée du ciel ! Je ne l’avais jamais vue et ne comprenais pas pourquoi, car elle semblait être en territoire connu. Avait-elle changé la couleur de ses cheveux ? Portait-elle une nouvelle paire de lunettes ? Je l’observais par intermittence pour déceler l’indicible. Nous étions d’une égale attention ou d’une égale curiosité ?

Toutes deux perturbaient le cours avec aisance dans cet atelier qu’elles ne connaissaient pas. Plus je regardais la nouvelle plus je lisais sa volonté sur son visage, une volonté mélangée à un certain relâchement. Elle aurait pu être là depuis longtemps ou bien elle pourrait rester là longtemps, sa sérénité m’obligeait à poursuivre mon dialogue moins important avec mes deux ou trois étudiants juste pour entretenir cette expression de confiance à la limite de l’interdit.

Mes étudiants s’en allèrent et elles s’approchèrent pour me demander quelques conseils à propos de leurs projets de diplôme. L’une avait défini un territoire dans la ville d’Orléans, un quartier assez vaste à l’Ouest fait de venelles, où l’on y circule à pied essentiellement. Elle voulait y faire une série de photographies et proposer un projet de circuit touristique décalé.

L’autre, l’étudiante inconnue avait commencé à faire une sorte d’enquête sur les gens du voyage, dans la perspective de concevoir un projet d’aménagement d’une aire d’accueil. Ces photographies et vidéos devaient être la base de son futur travail.

Élise était originaire du Languedoc-Roussillon elle était arrivée en troisième année après avoir passé un concours d’équivalence. Toutes ces prises de vues avaient été faites avec un souci documentaire et Élise ne voulait pas présenter ces images comme de la documentation.

Ce projet entamé en troisième année eut une suite en quatrième et en cinquième année. Un sujet qu’elle n’arrivait pas à épuiser.

Durant trois ans elle s’obstina et continua à travailler ce thème jusqu’a son D.N.S.E.P., elle ne cessait d’alimenter son étude sans jamais faire de proposition d’aménagement. Le temps, elle le prenait pour ne jamais survoler. Finalement elle me dit qu’il fallait laisser ces gens tranquilles. Dans des revues et magazines, elle me montrait quelques exemples de sites aménagés pour les gens du voyage. Je regardais les photographies pendant qu’elle me lisait les extraits des articles. Les morceaux choisis était là pour justifier son envie de ne surtout rien faire. Avait-elle réussi à se fondre dans son sujet ? Sans doute ne comprenais-je pas sa position ou sa conclusion. Je me souviens alors lui avoir posé une question : « Imagine maintenant que je sois mécène et je te propose sans la contrainte financière de réaliser cette aire d’accueil là-bas, chez toi près de Bézier, que fais-tu ? » Sans même prendre le temps de la réflexion elle me répondit : « Si j’avais tout l’argent possible ? Et le vôtre ne serait pas suffisent ! mais puisque nous sommes dans l’utopie je dépenserai tout l’argent du monde pour changer les lois ! ».

Elle allait se présenter devant un jury qui jugerait non pas un parcours ni des concepts, mais de réelles propositions basées sur des choix divers et variés et elle avait envie de se présenter les mains dans les poches. L’aboutissement de ses études se résumait à : « Ne rien faire ». Je la trouvais excessive et follement juste.

Le jour de la présentation de son travail devant le jury du D.N.S.E.P. elle s’installa dans la plus grande salle de l’école, ne rangea rien et présenta ses recherches sur un tabouret au centre de la salle. Elle avait installé un téléviseur sur un autre tabouret, ainsi nous pouvions voir ses photos et vidéos. Elle avait apporté quelques documents à propos de l’aire d’accueil qu’elle avait voulu réaménager, plans, courbes de niveaux et croquis.

Le jury dans sa décision allait dans son sens et lui conseilla de continuer à « ne rien faire » et surtout à continuer de poser un regard sensible autour d’elle.

Souvent nous disons à nos étudiants d’inventer leur métier, regarder devrait en être un.

7 avril, 2016

Vieillir (5)

Ou le portrait de Gaëlle

Certains terminaient de faire des tirages dans le laboratoire argentique et nous discutions avec les autres dans l’entrée de l’atelier. En fin de matinée Gaëlle nous racontait un voyage qu’elle venait de faire à Cuba. Elle parlait avec un enthousiasme que je ne lui connaissais pas. Dans cet instant je l’avais vue sourire et puis rire. La plupart du temps elle donnait l’impression d’être ailleurs, souvent plongée dans ses pensées avec l’expression grave. Lorsque je la croisais dans les couloirs de l’école rien n’existait autour d’elle, je doutais même de ma propre présence ! Sa démarche était lente et d’une rare élégance. En cours elle vacillait entre ses absences plutôt sombres et ses présences lumineuses.

Dans le cadre du projet personnel, elle proposa de réaliser une série de photographies de la maison de ses grands parents. Ils avaient décidé de la vendre et Gaëlle commença à faire des prises de vues de ce lieu sans ignorer les risques et les difficultés d’un tel sujet. Chaque fois qu’elle venait me voir avec de nouvelles images elles les avaient sélectionnées avec rigueur. L’aboutissement de ce travail de mémoire n’était jamais envisagé, comme s’il pouvait être infini. C’était un vide rempli d’une conscience transparente, celle que ses images ne seraient sans doute pas suffisantes.

Lors des bilans Gaëlle apparaissait toujours comme une étudiante peu sérieuse, car trop souvent absente. Même son projet personnel avait du mal à s’imposer. En apparence elle restait dans le cocon familial. Entre ses expressions, sa démarche et cette façon de traiter un sujet aussi délicat tout en tâtonnant avec précision, ne devions-nous pas y voir une logique ?

Souvent mes collègues la brusquaient, la provoquaient. L’un d’entre eux lui dit qu’elle dormait même en marchant ! Plus le temps passait plus elle supposait qu’elle n’aurait pas les crédits nécessaires pour passer dans la classe supérieure. Alors elle devenait plus assidue, cherchant à corriger les mauvaises évaluations qu’elle ne comprenait pas toujours. Dans cette période-là je me souviens avoir eu un entretien avec elle, et se mélangeait sur son visage pleurs et rires en alternance. Lorsqu’elle pleurait les larmes remplissaient ses yeux, et avaient l’effet d’une loupe sur ses pupilles noires. J’essayais de la rassurer sur ce travail auquel elle tenait plus que tout, alors elle abandonnait ses larmes pour le rire. Les expressions qu’elle donnait m’interrogeaient, sa nonchalance aussi. « Mais d’où viens-tu » lui demandais-je ? elle me raconta les voyages et les amours de ses grands parents. Gaëlle était un mélange entre l’Europe, l’Afrique et l’Asie du Sud. Cela était suffisant pour croire davantage qu’elle seule avait raison dans ses inconfortables racines.

3 novembre, 2015

Invitation

Grèce | Europe | Symi

1 novembre, 2015

Ouverture

Europe | Symi | Grèce

30 octobre, 2015

Mur perfusé

Symi | Grèce | Europe

22 octobre, 2015

Exister

J’attendais et me promenais sur le port du Pirée, je pensais à une autre attente quelques heures avant à la gare d’Austerlitz, j’y avais observé les piafs maigres, rusés et intrépides pour se nourrir de miettes laissées sous les tables du café.

Le jour se levait au milieu des bateaux prêts à partir pour les îles. Je me souvenais aussi des regards fugitifs croisés dans les files d’attente à l’aérogare d’Orly, regards craintifs, qui exprimaient une sorte d’abandon ? Dans nos envies irrésistibles d’exister, de vivre, de découvrir, j’y voyais de l’amour indéfinissable, ou seulement de merveilleux appels silencieux rempli d’une humanité abusive ?

À vingt et une heure en direction du Dodécanèse j’ai photographié le coucher du soleil sur le pont du Léros, fatigué je n’ai pas regardé l’immensité.

Parfois je m’amuse à voyager sans rien faire sinon essayer de sentir le chemin que parcoure notre planète autour du soleil…

Voyage usant malgré l’impression d’immobilisme.

21 octobre, 2015

Ville voyageuse

Sur le plan de la ville, la place de la Résistance est un demi-cercle dessiné et posé sur un double trait représentant les quais de la Loire, un axe vertical formé par le vieux pont au Sud et la rue principale au Nord coupe ce demi-cercle en deux. Chaque quart de cercle est lui-même divisé en deux. Côté Ouest se trouvent trois banques réparties sur les deux huitièmes de cercle, côté Est ce sont trois bars répartis comme les banques en face. Tous font face à la Loire, en contrebas, présente et loin.

Lorsque je suis arrivé à Blois, j’ai aimé commencer mes journées en allant prendre un petit déjeuner dans l’un des bistrots de cette place. En quittant ma maison, je retrouvais les quais de la Loire, longeais son parapet jusqu’à la place. Je profitais des premiers rayons de soleil et marchais comme l’on marche sur le pont d’un navire en regardant le mouvement de l’eau en bas, j’aimais le confondre avec celui de la ville. Lorsque je trouvais ma place dans le café, je me collais à la verrière exposée au Sud-Est pour être au plus près du fleuve. Le trottoir et la chaussée me séparait de la Loire devenue absente, elle était suggérée. Le mouvement de l’eau imperceptible était pourtant là puisque tous ces ingrédients invisibles me donnaient cette merveilleuse impression d’être dans une ville voyageuse.

19 octobre, 2015

Partir (2)

Réminiscence des ailleurs

Une petite fenêtre sur le pignon sud de la maison au deuxième étage était le point de vue que j’avais choisi pour m’évader, m’échapper, me réfugier. Sans savoir où me réfugier, ni pourquoi, ni d’où je devais m’échapper, rien n’était défini sinon l’envie de mouvement, d’immobilité ou l’impossible mariage des deux ?

La maison était située dans une voie étroite entre le Château et la Loire. Cette petite fenêtre exposée au sud m’offrait l’unique perspective. Tout au bout à deux cents mètres un petit morceau de Loire pris dans le champ qu’offrait le dessin de la rue et des maisons qui la bordaient. Le mouvement du fleuve d’Est en Ouest, de gauche à droite me laissait imaginer l’autre perspective, celle qui nous était possible d’entrevoir au bout de la rue à droite et bien après l’horizon, l’infini au-delà de l’embouchure à deux cent cinquante kilomètres.

Dans l’ébrasement de cette fenêtre, j’avais installé un plan de travail pour écrire, lire, ne rien faire même. Merveilleux sanctuaire étroit et contraignant qui appelait l’immobilité, comme le miroir reflétant le mouvement imperceptible, invisible, insignifiant, parfois effrayant ou spectaculaire d’un fragment de Loire sombre, gris-chaud presque vert, ou bien étincelant, brillant, éblouissant, tout comme les toits d’ardoises, en contrejour, des maisons situées sur les quais de l’autre côté, au Sud. Image silencieuse qui parfois m’incitait à descendre avec un appareil photo, aller au bout de ma rue regarder le fleuve en dessous du parapet. L’image possible était sonore, l’ailleurs bien que je m’en sois rapproché était toujours loin en contrebas du garde-fou, inaccessible. La ville devenait pour un instant l’extension de mon abri. Je m’y sentais non plus réfugié mais prisonnier pour mieux penser le verbe partir et n’envisager le voyage que dans une formidable dérive sur l’eau.

Mon absence d’ambition m’orientait, ma seule voie possible était l’obligation de faire corps avec les mouvements du globe.