19 novembre, 2016

Espérance ?

7 août, 2016

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20 novembre, 2014

Hommage

à Lucien Clergue | R.I.P. 1975

23 décembre, 2013

Mon père

Et ses silences | n°1

L’Espagne finissait d’être gouvernée par celui que tant avaient combattu, ce pays avait été celui de mon père, il ne l’était plus. Il en parlait parfois avec un détachement qui exprimait aussi son contraire un peu comme si son pays natal avait été rayé de la carte après un tremblement de terre.
Franco finissait sa vie, le pays s’ouvrait au tourisme et beaucoup de français passèrent leurs vacances sur la Costa Brava. La Catalogne l’Espagne devenaient des destinations exotiques.
Une cousine française était allée passer ses vacances d’été près de Barcelone d’où elle était revenue complètement séduite, émerveillée, aveuglée. Les vacances, le soleil, le sable chaud, les palmiers, les tapas, les boites de nuit. Elle était si heureuse de son séjour que son enthousiasme l’obligeait à venir le raconter à mon père, il fallait qu’elle lui parle de son pays, lui dire qu’elle se sentait plus proche de lui maintenant ? Elle lui parla d’un amoureux qu’elle avait trouvé et dont elle était sur qu’il deviendrait son mari. Un garçon de bonne famille, un futur avocat. Mon père la laissait parler puis il lui demanda s’il était franquiste. Elle était un peu embarrassée et répondit qu’elle ne savait pas mais qu’il l’était sans doute. Mon père ne semblait ni surpris ni affecté après tout ce garçon était né après la guerre d’Espagne, pouvait-il se tromper ? il continua : « Et ses parents ? ». La réponse fut franche : « Ils sont franquistes » dit-elle avec un léger haussement d’épaule qui devait les excuser. C’est tout ce que mon père demanda et ma cousine continua à nous raconter ses vacances après un petit moment de silence. Elle termina par demander à mon père de bien vouloir recevoir son fiancé lorsqu’il viendrait, bientôt, la voir en France. Mon père ne répondit pas. Lorsqu’elle s’en alla il vint me voir dans ma chambre :
« – Toi qui dessines bien, tu me feras autant de portraits de Franco qu’il y a de portes dans la maison. Je les suspendrai par un fil au-dessus de chaque porte et chaque fois que j’en franchirai une je donnerai un coup de poing dedans, c’est tout ce que je dirais lorsqu’il viendra ! »
C’est sans doute à partir de ce moment-là que j’ai commencé à aimer les silences de mon père et à comprendre ceux qui étaient enfouis dans mes souvenirs comme des petits mystères.

15 décembre, 2013

Turón et ses habitants 1994

Pour celle dont les saisons colorent les cheveux. | N°2

11 décembre, 2013

Turón 1994

Pour celle dont les saisons colorent les cheveux. | N°1

26 juillet, 2013

NOM

(Texte revu et corrigé du cahier édité par les Editions du Solier en 1990)

J’ai regardé la ville qui me paraissait encore plus belle. Je n’ai pas fait de photographies. J’avais en mémoire celle d’un jardin en Espagne. Je marchais dans une petite rue étroite en regardant le ciel bleu. Il faisait chaud. Tout au bout dans le silence j’entendais des gens parler espagnol. Le soleil était haut, les caniveaux brillaient. Pendant un instant j’étais ailleurs sans savoir si c’était un autre ailleurs ou toujours le même. J’ai douté de ma mémoire, du chemin que j’avais pris et de l’existence du numéro quatre-vingt-sept à droite après cette petite rue. J’ai sonné et attendu qu’elle descende les trois étages. Elle a ouvert la porte en clignant les yeux. Elle se réveillait. L’escalier de cette maison avait toujours cette odeur de fraîcheur humide. Là-haut j’ai regardé chacun de ses objets pour voir s’ils étaient à leur place comme si ma dernière visite avait pu être la veille. J’essayais d’aplatir le temps pendant qu’elle se préparait un petit déjeuner. On se racontait notre présence dans cet instant. Puis nous sommes allés nous promener dans la ville en continuant nos silences entrecoupés de mots sans importance. Quand nous sommes rentrés elle s’est allongée sur son lit. Elle était devenue pâle, de cette pâleur qui rendait plus évidente la forme de ses yeux. Je lui ai dit quelque chose qui l’a fait sourire, les yeux fermés.
Dans l’autre pièce la fenêtre était ouverte et les volets fermés. Le soleil dessinait deux grands rectangles sur le mur blanc. J’ai écouté le bruit des voitures au loin, parfois l’avertisseur d’une ambulance. J’ai respiré cette tranquillité et j’avais le sentiment de faire partie des choses qui m’entouraient autant que du vide qui les enveloppaient. J’ai lu quelques pages du livre que j’avais emporté. Après avoir dormi elle est venue me voir, m’a demandé ce que je lisais, et moi ce qu’elle avait rêvé. Elle a ouvert les volets et j’ai regardé les nuages qui nous appartenaient tout au loin. Le soleil était derrière les toits. Elle est allée se coiffer, se maquiller, disait qu’elle ne se trouvait pas belle. Je me taisais. Nous avons dîné dehors et deux heures plus tard nous nous sommes quittés. J’ai marché vers la gare en comptant les heures à passer dans le train et les heures de sommeil après. J’ai regardé la nuit dans les rues sombres et vides, sur la place de la gare illuminée et grouillante de monde.
Toute la journée du lendemain, j’ai eu l’impression d’avoir la peau comme les murs des maisons de la ville d’où je venais. Je me sentais gris, poussiéreux mais ensoleillé.

Le soleil entrait de plus en plus dans la pièce. Elle regardait les photographies du jardin d’Espagne que j’avais emportées. La chaleur était encore plus grande et la fenêtre éternellement ouverte. Elle ne parlait presque pas. Elle semblait heureuse pendant que je nettoyais ma fatigue du voyage en étant seulement là. Elle est partie dans sa chambre et je me suis assis sur le canapé devant la fenêtre. J’entendais le bruit de ses mouvements mélangé à des voix lointaines qui me venaient de dehors. Elle est passée dans le couloir, vêtue d’un peignoir de bain, et j’ai continué à entendre ses pas sur le parquet, l’eau qui coulait sous la douche et une voix de dehors qui résonnait.
Elle avait posé une photographie du jardin d’Espagne sur son oreiller. Elle la regardait tout en peignant ses cheveux encore mouillés puis elle s’est habillée d’une robe bleue sans manches, serrée à la taille. Elle me parlait de cette fenêtre ouverte au-dessus de son lit, d’ou pouvait venir le silence de ce dimanche.
Vers minuit nous avons chargé nos bagages dans le coffre de la voiture pour aller autre part, vers l’océan.
Quand elle s’est levée, souriante, habillée d’un chemisier blanc, cette journée m’apparaissait déjà très longue, sans début, une succession d’éternités. J’avais pris mon petit déjeuner seul sous les pins. J’avais lu, écrit. Je la regardais préparer ses tartines sans rien lui dire, ou bien je lisais Une ville invisible d’Italo Calvino, ou bien encore nous parlions de l’Espagne.
Tard dans l’après-midi je l’ai accompagnée jusque sur la plage. Elle s’était noué un grand foulard autour de la taille. Nous marchions presque sans bruits, sa démarche était musicale. Là où il n’y avait plus personne, elle s’est allongée sur le sable. Le soleil était bas. J’ai fait une polaroid puis elle s’est levée en dénouant le foulard qu’elle a laissé tomber. Elle est entrée dans l’eau et j’ai regardé le paysage teinté de sa présence par une paire d’espadrilles et son foulard accroché à une touffe d’herbe. J’ai photographié son absence en attendant qu’elle revienne et nous avons regardé ce portrait comme l’image oubliée d’un futur sur cette plage.
Je devinais parfois son regard pâle et calme. La route défilait à travers le pare-brise. Nous regardions la ville. Il faisait nuit. Tout ce qui nous entourait n’avait plus d’appartenance et l’on se racontait cette obligation d’être là à ne penser à rien d’autre qu’à ce qui était visible, invisible, indicible.
Je ne savais plus si les fenêtres étaient restées ouvertes. Il était très tard. Et les volets de sa chambre, barrière à la chaleur du jour, filtraient les sons de cette nuit-là. Nous entendions des gens parler, rire, des tintements de couverts sur des assiettes et la musique du juke-box d’un restaurant espagnol. Elle cherchait le silence entre ce bourdonnement et nos respirations. Cette journée aurait pu être celle d’une fête dans une ville. Le bruit du dehors et celui de nos mouvements sur l’oreiller n’étaient qu’un moment de quiétude.

4 octobre, 2012

Éplucheuses d’asperges

Et le portrait souriant de Juliette
2012

20 mai, 2012

Ascension

Pour celle qui aime les rêves des autres…
Escalier | Aldo Rossi | Vassivière

Vassivière 1990

Ou le portrait d’Ourida | 1997

J’avais proposé à Ourida de figurer sur une photographie dans laquelle pourraient se confondre l’échec et la réussite.
Cette photographie est le détail d’une fresque constituée de onze photographies.
Liens vers l’exposition…
et la série de photographies…

9 décembre, 2010

L’Acropole

Monument | 1989

Pour Konstantina-Valentina, j’ai fouillé dans mes anciennes images et j’ai retrouvé cette photographie sur laquelle je me suis attardé comme si elle était aussi une réponse au texte que j’écrivais récemment: 1983.

Athènes en 1989 était l’aboutissement d’une série que je commençai en 1981 dans les rues de New York. Entre ces deux dates, je photographiais ma ville, Blois. Volontairement j’avais évité les monuments dans mes premières promenades. Le Château de Blois en haut de la ville, invisible sinon chaque soir par son ombre. Je lui avais préféré les bistrots et leurs terrasses, lieux anonymes dans lesquels je pouvais y photographier le vide. Le vide de monuments ou de monde, le vide que je pouvais remplir de tous les ailleurs possibles?
Lorsque l’on me donna l’occasion d’aller photographier Athènes c’était davantage son urbanisation actuelle que son histoire qui m’intéressait. C’était même tenter d’oublier la propre mémoire de mes villes.
Le Likabeth avait été le point de vue silencieux duquel je pouvais observer le mouvement de la ville mais aussi l’Acropole autour de laquelle les rues semblaient avoir été creusées. Il m’avait fallu tourner et tourner autour du célèbre monument comme dans un labyrinthe et ponctuer mes marches par des photographies.
L’image d’une terrasse dans Plaka serait le premier point d’orgue de cette longue errance dans les villes, la référence monumentale nous observe d’en haut. Le monument est incontournable…

20 novembre, 2010

André Kertesz

Visite de l’exposition du photographe au musée du Jeu de Paume.

Et je ne peux m’empêcher de faire ce parallèle: le même carrefour…


A.K.

Je le photographiais souvent la nuit lorsque j’habitais à deux pas sans savoir qu’André Kertesz s’était attardé en haut à cet angle des remparts du Château de Blois dans une période où je n’existais pas encore.

J’avais commencé à photographier la ville, ma ville, après un court séjour à New York, là-bas j’avais voulu le voir, il était malade, nous n’avons fait que parler au téléphone deux ou trois fois et les mots sans importance se sont envolés depuis. Ils avaient été bénéfiques dans mon apprentissage.


F.M.

19 mars, 2010

Regard sur le monde 3

Arrêt de bus | Ulaanbaatar


28 février, 2010

Zola

Rencontre dans la steppe Mongole en juillet 2003, pour l’anniversaire de Zola.


Nous étions entre Karakorum et Oulan-Bator, nous restait-il cent kilomètres à parcourir ? Ce jour-là de violentes pluies avaient inondé certains quartiers de la capitale. Nous l’ignorions encore lorsque nous fûmes obligés de quitter la route. À cet endroit précis, elle était légèrement surélevée au-dessus d’un creux naturel entre les deux pentes d’une vallée. Une ou deux heures avant notre passage, la pluie fut si forte que l’eau emporta un morceau d’asphalte, laissant un vide d’environ deux mètres de haut sur trois de large. Tous les véhicules tentaient de franchir le ruisseau provisoire en contrebas. Les uns cherchaient l’endroit apparemment idéal pour passer, les autres suivaient les traces les plus profondes. Les uns faisaient ronfler leur moteur avant de s’élancer, les autres passaient avec douceur. Aucune méthode ne fut meilleure qu’une autre et ceux qui restaient embourbés au milieu de l’eau se faisaient immédiatement aidés par les précédents qui venaient de réussir à passer. Quelques personnes avaient laissé leur véhicule plus loin pour assister au spectacle, mais aussi pour être utile ne serait-ce que guider d’un geste. Quelques-uns enlevaient leurs chaussures et chaussettes, relevaient le pantalon et allaient pieds nus dans la boue au plus près de personnes ayant besoin d’aide.
Une jeune femme — vêtue d’un pantalon rouge, coiffée d’un chapeau noir à larges bords relevés sur les côtés, chaussée de sandales à talons hauts sur des socquettes blanches — apparu de nulle part. Plantée là au milieu de la boue comme une lumière, elle souriait, s’appelait Zola, était enseignante dans un collège d’Oulan-Bator. Lorsqu’elle s’en alla, je la regardai marcher sans mal sur ce terrain bourbeux comme si la boue était un mirage, elle ne se salissait pas.
Élégance inconnue.
Elle monta à l’arrière d’une vieille Volga blanche et se fit conduire comme une reine… Plus réelle qu’une princesse de papier, elle me faisait oublier, le temps de la voir, l’écrivain auquel j’étais obligé d’associer ce nom.
Mais Zola pouvait être un prénom féminin et n’être que cela.

©2003 Felipe Martinez